Ce petit singe jouant avec une pelote,
Guidant son plaisir comme le mien vers son repos,
Ou ma conscience serait une plaine ombragée,
Conduirait-il vers quelques tisserands
Qui saurait de la matière sur son écheveau
Faire toison d’or, et conduire vers un port
Ou pousse le figuier et le troène
Tel Jason couronné, soumis à la loi de son père et des dieux.
Je défais tes filets avec le temps,
Rendant la côte plus lisse et gagnant la voie lactée de tes fils
Ajournant l’heure du néant ou tout sera trouble, et la maille usée
Je rejoindrai l’antre ténébreuse où git la croix svelte.
Mais avant j’aurai connu bonheur du dandy,
Portant propre linge et simple galanterie,
A l’usage de ceux qui pensent que destin se fait parmi les siens,
Ou simple tunique de velours à côte vermeil,
Pour ainsi qui regarde les monts comme son propre visage.
Quiconque que l’on croise,
Du marais de son être,
Sa parole fait jaillir plaines, ruisseaux et collines,
Un paysage connu ou non,
Sous les inflexions d’un pin parasol,
Ou d’une aigrette blanche.
Mon vieil ami, ton érosion est celle de la terre
Ton épuisement celui de l’arbre qui saigne,
Ton souffle est celui d’une caverne,
Qu’une eau parcourt et sourd dans mon cœur.
J’y disperse me éléments
Eau, feu, terre et parfois un peu d’air,
Pour le meubler de mon passage,
Et cultiver ta nature sauvage
Quelques fruits de notre rencontre,
Je n’accepterais de cadeau,
Que cette sente domptée par ton regard.
Ces pages, une à une parcourues,
Au pays des ethers me mène,
Construisant routes et sentiers,
Sur une carte que la terre de ma mémoire supporte,
Meuble comme une bonne terre,
Que la mousson féconde,
Cet embrun de musique et d’impressions
Que la lecture accroche,
Dans le repos du corps,
Dans la fondation d’un monde
Qui se superpose au réel,
Douceur âcre du corps qui s’efface
Et nos yeux plus vifs apprennent la patience du temps
Trouvant les ponctuations dans l’éclosion des saisons,
Dans le vol des flamands,
Dans le bourgeonnement du pin.
Ce cadastre a la solidité du sol qu’il remplace,
Il a la faculté d’être lisible,
Moi qui ne comprends pas les acrobaties,
Et le destin vient y imprimer les monts et les vallées,
La fraicheur du moment, la source dont on s’abreuve,
Diverses façons d’être démiurge,
Nous qui, résignés, connaissons l’instant,
Laissant notre cœur sourdre ses prairies,
Ruisseaux et rocs,
Et comment, comment ce paysage enchanteur de nos songes
Peuvent ils être ainsi créés
Nous qui ne sentons que la sécheresse et la virginité du papier,
Si ce n’est l’immense élan
Qui en nous te prend pour témoin
Des images dont il aimerait peupler ton monde.
Vous progressiez vers cet aura qui fait sourire
Sganarelle ou Arlequin
Vos pas intrépides qui débusquent et qui cherchent,
Comblez ce que d’autres voient
Dans leurs quêtes et dans leurs songes,
L’objet d’une révolte qu’ils pointent d’un doigt rageur
Accusant le totem de leurs propres insomnies,
Dragons joueurs et chimères taquines,
Points levés et rêveries enfantines,
Où la plaine de l’est cesserait d’être balayée.
Vous fûtes de la clameur sourde et charmeuse,
Qui puisiez comme une obole l’éclat des verres multicolores
L’arquant en un signe des seigneurs,
Votre voix certes, ce signe trompeur.
Révolution de papier pour les princes de l’aube,
Je n’incarne rien si ce n’est une intention, une opprobre
Qui à la parole des capricieux ancêtres, se dit peut être.
Comedia, censeur de l’au-delà,
Allumez lampions et que la fête commence,
Nous ne voulons rien d’autre qu’une route,
Alors que Nature s’est éveillée à nos pas,
Nous jalonneurs d’un monde obscur,
Qui avons les pieds oints de l’eau des purs.
Buvez de ce poison au goût de miel
Et vous serez le monde.
Saltimbanque blême que le feu ne déroute,
Crachant pour les passants le poisons des chemins,
Parfois quelques vers arrachés à la poussière ottomane,
Que tu psalmodies à l’oreille attentive
Au creux de la nuit ;
Lorsque les étoiles culminent ;
C’est alors le serpent de tes pas que tu livres.
Chaud et froid comme ton cœur, Pablo,
Et qui résonne dans l’éclat de l’œil de cet insolite
A tes yeux qui ne connut que la terre trop féconde.
Il rit de tes aventures lui intact de ses pas mais le cœur alourdit,
Des misères d’ici bas mais son trésor est ici,
Ton ailleurs n’est pas du règne, mais se découvre par le temps,
Comme des décalcomanies de cigogne et de tertres des enfants,
Tes voyages ne te guérissent comme ce quidam ne guérit de la vie,
Voyageurs aux yeux ouverts ou aveugle vous avancez vers la nuit
Qui oriente vos boussoles et enveloppe vos songes,
Resplendissant au calvaire de l’Atman,
Déclinant dans le vent qui vous ronge.
Pablo, tes souvenirs sont assez vastes pour accueillir le monde,
Parfois écornés ou effilochés,
Tu reconstitues la Serbie par des briques d’Asie,
Tes cycles sont ceux de ton pouls
Et poussent tes désirs
Comme le torrent sur les pentes,
Traçant sur les terres neuves que tu rencontres
Le lit de tes sentes,
Vers la mer et le repos,
Comme lui ! Comme lui ! Pablo
Lui l’agronome, l’agriculteur qui irrigue ses rentes,
Sur le cadastre de son territoire, pour le rire des infantes.
L’un pariant sur la terre,
L’autre sur l’éternité.
Lorsque,
Rencontrant Solange,
Le bois de mon arbre s’éprit,
Le vent me fit plisser les yeux,
Et traçais route vers la floraison ;
Sur la mer des saisons,
Au loin la mort et son abîme,
Où le nomade qui nous habite
Part sur les routes des salaisons,
Là où la cerne du bois se fige
En un cercle que la vie méprise,
Et que la sang occupe,
Aux bords,
Empli de désirs et d’onction.
Mon hêtre prit alors une autre dimension,
Occupant ce bout de ciel qu’ avant il néglige.