Lorsque je tendis la main pour saisir cette pomme
Rouge à souhait dans son calice de coquelicot,
Le souvenir m’en vint comme une inspiration,
Celle d’une terre perdue de Sienne, où les abricots poussent en abondance
Et le sucre m’envahit la gorge, sève de l’arbre à pin par cette fraiche journée de printemps.
Ce geste est l’histoire du moment où j’avais encore à l’oreille ton souffle
Qui s’épuisait en écho à mon miroir, et ce sourire éclos comme le marron de sa bogue
M’emplit d’une mélancolie âpre, couleur pâquerette.
Geste que Dieu interdit, moi profane je goute à cette peau réche,
Et la profanation me fait sombrer dans les abîmes de la terre
Les odeurs d’humus et de champignon,
Mais la douleur me fait plisser les yeux,
Moi qui engloutit ma propre poussière
Moi qui m’exile de cette senteur pour te dire combien elle me fait penser à ta peau.
Les yeux clairs comme un illuminé j’avance seulement ma bouche
Pour une seconde bouchée
Comme neuve d’une eau lavée
Que le remord prolonge,
Que ma paume soutient,
Elle qui me sépare de toi un instant, me rendant à cette terre inconnue de toi,
Celle de mes nuits et des rêveries,
De mes amours de jeunesse,
Asile de mon âme qui ne se manifeste que lorsque tu n’es plus là.
Impatience,
Zénith d’un soleil qui plonge,
Ce désir s’accroche, puise et se retire
Hydre du mythe
Je suis ce héro qui me coifferai de ta tête éternelle.
Héra, toi cette légère danseuse que je rencontrais aux Champs
Ce velours rouge des rampes, ce luminaire au plafond qui s’éteint,
Tout me rappelait cette promesse de toi, jeunesse
Lolaos entra à ma suite, main chaleureuse sur mon épaule émue,
Des feux de diamant se déversaient de l’avant scène roucoulant avec le silence de nos yeux ravis
Héra entreprit un entrechat, pas de crabe, j’esquissais un sourire que releva les yeux plissés de mon ami,
Fut elle charmante, gracile et exquise envenimant l’audience d’une féminité ingénue
Laissant libre choix semblait il mais combien maitresse, de nos soupirs et de nos applaudissements,
Telle une caresse sur le dos de nos mains, un baiser dans le creux de nos joues, puis fuyante
Vers le balcon de droite, vers celui de gauche, la courbure de ses reins tendue en offrande aux bas fonds de la fosse,
Un détachement pourtant, celui d’une lumière impudente qui l’inondait de ses eaux,
Sa couronne en diadème scintillant comme une destinée.
J’aurais dompté ses grâces tel Héraclès, si ce n’est que son poison déjà me parcourait les veines,
Et Lolaos m’en parla crument, lui qui la connaissait me dit il dans l’intimité,
Mais perdu pour perdu, mon fleuve s’en tint entaché d’une présence rêveuse : l’hydre de Lerne était en moi.
Je ne parle que par périphrases,
Ce champ que la marée refoule,
Reste inaccessible à toute embarcation,
Il représente le roc d’où nait le singe,
La lave de mes émotions,
Comme le règne de ma joie.
Ma mastication a beau se faire lente,
Je sens parfois un gout de bruyère
Qui échappe à son centre,
Mais que le mouvement a pu transformer.
Zone où tout se mêle,
Terre de tous les oublis
La mousson fait parfois germer quelques grains de seigle,
Et le terre spongieuse est celle de mes yeux qui rient.
Trouble, turpide,
J’ordonne ces éléments selon leur vague ressemblance,
Et ce mouvement plus que l’ordre
Parfument les persiennes de ma mémoire
En ce lieu de rencontre avec vous autres mes amis,
Et ce vaste lieu qui me hante, tel je vous l’offre
Pour l’enchanter de vos jeux,
A la vie, à la mort, son issue quoi qu’il en soit,
J’aurais vécu le frisson d’une joute des temps anciens.
Mais quels sont ces issues à ce lieu,
Si ce n'est ma pensée qui ordonne,
Et ces rêgles qui affermissent le jeu,
Ces parfums je les ressens alors,
Comme l'orchidée sur le cerceuil,
Comme le jasmin du cadavre de mes aïeux.
Mes rencontres sont celles de mes envies,
De ces mythes que je me suis crées,
Que mes ancêtres m’ont transmis,
Et cette petite colline qui était le lieu de nos amours,
Marquera le délimité de ma démarche maintenant que tu n’es plus là,
J’y récolterai souvenirs de mon enfance,
J’apprendrai à aimer cette statue de pierre brute,
Je te rencontrerai peut-être alors toi qui me lis,
Et ces objets, ceux qui me tissent,
Lorsque s’estompent les brumes de la rêverie,
Constituera ma Voie,
O bodhisattva.
J’entrais dans l’ombre du daim
Roitelet, chante tes candélabres et ordres à la nature,
Je suis saisi, par tant d’urgence, dans le champ de l’arbre
Alors qu’une feuille m’effleure lorsque je fais quelques pas.
Je suis tourbe et eau de puits,
Puisse une pièce de monnaie jetée par le passant
Troubler la surface et illuminer mes yeux.
Toi, tu sembles me tourner le dos, fuyante,
Comme l’eau court le long des joncs
Et pourtant ce jeu d’ombre et de lumières
Au fond de ton lit,
Sont les peintures que j’arbore
Et m’unissent à la nature,
Comme une chaîne assez élastique pourtant,
Pour me donner la sensation du vent,
Qui m’apporte rencontres et nourriture
Si je respecte assez sa teneur.
Nous n’avions pas les mêmes rites
Si ce n’est cette curiosité des exilés
Pour tout ce qui diffère de sa terre natale
Mais nous savions que nous choisirions,
Comme nos anciens,
Celle qui nous viendrait d’une de nos rêveries.
Formions ures et trompettes
Nous, qui pris par la peur,
Avançant enfin d’un pas,
La lumière nous accueillit,
Elle qui se faisait rare en ce taillis,
Vîmes non pire, mais clin d’œil du jour
Nous éblouissant un peu, pas plus,
Alors que le temps tourbillonnait devant nous,
Et en un cristal de roche, prenait forme dans nos mains,
Qu’en ferions nous sinon en faire le totem de cet instant,
Et l’arborer à notre cou, avec crocs de tigre et dents de crocodile
Une brise, quelconque balayait nos cheveux,
Couvrant le soleil d’un nuage empli d’augures,
Nous ne regardions derrière nous,
Ne couvrant nos arrières que d’une oreille feinte,
Et le sombre écho nous empli de troubles,
Et nous fîmes à nouveau un pas dans cette direction cette fois,
La caisse de la montagne étant à notre gauche encore,
Cet écho dont l’origine s’éloigne, mais qui se charge du poids de nos breloques,
Cet éclat de Titan qui vient de là bas, l’horizon
Là où terre et ciel se joignent.